Procès Mediator : est-ce bientôt la fin ?
Ce mardi 2 juin 2020 a repris le procès du Mediator : celui-ci a débuté le 23 septembre 2019 et a été suspendu le 16 mars 2020 en raison de l’épidémie de coronavirus. Au total, 11 personnes morales (parmi lesquelles les laboratoires Servier qui commercialisent le Mediator et l’ANSM, responsable de l’autorisation de mise sur le marché du médicament) et 12 personnes physiques vont comparaître au tribunal correctionnel de Paris.
Affaire Mediator : de quoi s’agit-il ? Tout commence en 1976, lorsque les laboratoires Servier commercialisent le Mediator (dont le principe actif est le benfluorex), un médicament anti-cholestérol et anti-triglycérides, destiné aux patients en surpoids et/ou souffrant de diabète de type 2. Mais, en raison de ses propriétés anorexigènes, le Mediator est largement prescrit comme coupe-faim (dans un but minceur, donc) à des patients qui ne sont ni diabétiques, ni atteints d’hypercholestérolémie…
Les premières alertes sont lancées en 1999 : un cardiologue exerçant à Marseille évoque ainsi le potentiel impact sur Mediator sur la santé cardiovasculaire et soupçonne un risque accru de valvulopathies cardiaques chez les patients traités avec cet antidiabétique. Le Mediator est successivement retiré du marché en Suisse (en 1998), en Espagne (en 2003) et en Italie (en 2004) ; en France, il reste commercialisé.
Mediator : un médicament antidiabétique détourné comme coupe-faim
En 2007, les soupçons à l’encontre du Mediator ne font qu’augmenter et le Dr. Irène Frachon, pneumologue à Brest, entame une vaste étude épidémiologique : trois ans plus tard, elle publie Mediator 150 mg, combien de morts ?.
Il faut attendre le mois de novembre 2009 pour que les autorités sanitaires décident de retirer de la vente le Mediator : entre 1976 et 2009, 5 millions de personnes en France ont utilisé ce médicament. L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM, appelée « Afssaps » à l’époque) estime que le Mediator a provoqué 500 décès et 3500 hospitalisations.
Procès du Mediator : le calendrier. Les laboratoires Servier sont aujourd’hui accusés d’avoir volontairement dissimulé les effets secondaires dangereux du Mediator : l’entreprise pharmaceutique est poursuivie pour « tromperie aggravée », « escroquerie » et « homicides et blessures involontaires ». De son côté, l’ANSM est accusée d’avoir tardé à retirer le médicament de la vente. Au mois d’avril 2019, 3993 patients avaient reçu une « offre d’indemnisation » de la part des laboratoires Servier, et 115 millions d’euros avaient déjà été versés.
Le procès du Mediator devrait encore durer une vingtaine de jours : ce mardi 9 juin 2020, les victimes (2600 ex-patients du médicament se sont constituées parties civiles) s’exprimeront, puis la parole sera à la défense. La fin de ce procès est prévue pour le 6 juillet 2020 : « aucun renvoi ne sera toléré (…) Les victimes attendent depuis des années, il faut que ça se termine » souligne Me Charles Joseph-Oudin, avocat de 250 parties civiles.
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