Un cercle vicieux : l’économie du ransomware
La résurgence des ransomwares
2019 a connu environ 184 millions d’attaques de ransomwares, certaines des plus médiatisées ciblant les administrations des municipalités américaines, telles que Lake City en Floride, Baltimore et Maryland. Bien qu’une grande partie de cette résurgence puisse être attribuée à l’arrivée de nouvelles mutations de ransomware (Dharma, GandCrab et Ryuk étaient parmi les types de ransomware les plus actifs au cours du semestre de cette année), un autre facteur semble également jouer un rôle majeur : la croissance de la cyberassurance.
À première vue, il peut paraître étrange de suggérer qu’une meilleure cyberassurance, plus complète, pourrait en fait mener à une augmentation des attaques de ransomwares cependant un examen plus approfondi des faits semble en tout cas l’indiquer. Pourquoi ? Parce que dans de nombreux cas, payer la rançon revient beaucoup moins cher que d’essayer de récupérer les données perdues par d’autres moyens, pour un coût qui s’élève souvent à plusieurs millions d’euros. Plus les victimes de ransomware ont recours à des assureurs pour payer les rançons, plus les criminels sont encouragés à lancer des attaques de ransomware.
La cyberassurance est une activité de grande ampleur
Le marché mondial de la cyberassurance devrait passer d’environ 5,3 milliards d’euros de primes payées à l’heure actuelle à 13 milliards d’euros d’ici 2022, selon RBC Capital Markets. Les polices de cyberassurance s’avèrent également beaucoup plus rentables pour les assureurs que de nombreux autres domaines d’assurance. Selon un rapport de la firme de services professionnels Aon basée à Londres, le taux de perte pour les cyberpolices américaines était d’environ 35 % en 2018, ce qui signifie que les assureurs ont payé environ 35 cents de dédommagement de sinistres pour chaque dollar collecté. Ce chiffre est à comparer aux 62% environ de l’assurance dommages, ce qui en fait un domaine de croissance que de nombreuses compagnies d’assurance recherchent activement.
Bien sûr, la résurgence de la menace des ransomwares a également renforcé d’autres domaines de l’industrie de la sécurité comme la récupération de données et la sauvegarde sécurisée dans le cloud. Toutefois, dans de nombreux cas, même si les victimes de ransomware ont de telles sauvegardes en place, elles choisissent quand même de payer l’attaquant par le biais d’une assurance. En effet, le temps nécessaire pour récupérer une sauvegarde cloud complète (qui peut demander un mois ou plus), coûte toujours plus cher en perte de revenus que de simplement payer la rançon. De même pour les assureurs, payer la rançon est moins cher que de payer la facture pour récupérer les données elles-mêmes.
Pour recontextualiser tout cela, plus tôt cette année, l’administration de la ville de Lake City en Floride a payé une rançon d’environ 413 000 € via sa police de cyberassurance. Le gouvernement lui-même n’a dû payer que la franchise de 8 900 euros. La compagnie d’assurance Beazley a réglé le solde de la rançon. Il s’est avéré que cette décision a été prise sur la recommandation de Beazley, car une récupération prolongée à partir de sauvegardes de données aurait presque certainement coûté des millions de dollars. Bien […..]

