Témoignage : je suis autiste Asperger
« J’ai toujours été différente. Enfant, je parlais peu, voire jamais, hors de chez moi. Y compris en classe, où je me suis profondément ennuyée, car j’avais de très bonnes notes sans fournir d’efforts. Les récréations ? Une torture. L’agitation, le bruit, les ballons… Tout m’agressait. Je préférais m’isoler, même si j’avais des copines. Néanmoins, si plus de deux personnes m’entouraient, ma bulle se mettait en place, me séparant du reste du monde.
Je devenais une machine à observer et à analyser les réactions, ce qui rendait encore plus difficile ma communication, déjà malaisée, avec les autres enfants.
Très tôt, j’ai su que j’avais un don musical
J’ai l’oreille absolue et je peux jouer tout ce que j’entends, ou presque, tandis que je perçois la musique avec tous mes sens, sous forme de couleurs, de figures et de textures. Ce qu’on appelle être synesthète. Mais, longtemps, j’ai caché mon don. Par honte. J’avais l’impression d’usurper une qualité, enjouant en quelques minutes ce que tant de personnes peinent à réaliser en plusieurs heures. Ainsi, c’est seulement à 37 ans que j’ai commencé le violon, seule, à l’oreille, avant de suivre des cours.
Idem pour le dessin. Je peux reproduire avec précision ce que j’ai devant les yeux ou en mémoire. Le paradoxe ? J’ai des difficultés à mémoriser les visages et il m’arrive de ne pas reconnaître un voisin, croisé loin de chez moi, et donc de l’ignorer.
L’angoisse au coin de la rue
Des choses banales de la vie, comme marcher dans la rue, aller au supermarché, prendre le bus, sont également angoissantes, car je visualise chaque détail autour de moi (papiers au sol, reflets dans les vitrines, oiseaux…), tandis que je capte simultanément tous les sons ambiants et les odeurs, parfois jusqu’à la nausée.
À quoi s’ajoute mon impossibilité à décrypter le sens des regards croisés, et donc les intentions d’autrui. Avant d’être diagnostiquée, je pensais que mon cerveau peinait à gérer un trop-plein d’informations, ce qui me déclenchait des attaques de panique invalidantes. D’autant qu’aucun médecin ne m’a jamais dit qu’il s’agissait « juste » de panique et que cela se soignait. Ces quelques mots auraient pourtant tout changé, vu que j’ignorais que mes particularités sensorielles étaient autistiques. Comment aurais-je pu savoir que ma perception du monde et ma façon d’appréhender la vie sociale étaient différentes de celles des autres ?
Vers 18 ans, j’ai basculé dans l’enfer de la psychiatrie
La psychiatrie est faite de soins médicamenteux automatisés, sans réel accompagnement de mon angoisse, si ce n’est en me culpabilisant. Après plusieurs allers-retours à l’hôpital, c’est le cocktail alcool-fête-drogues-médicaments qui m’a apaisée et m’a donné l’illusion de pouvoir faire comme tout le monde, bien que je vivais à l’époque dans la rue et dans des squats. Puis mon instinct m’a poussée à quitter la marginalité. J’ai alors rencontré mon mari et, à 23 ans, j’ai eu le premier de mes quatre merveilleux enfants, qui ont 22 ans, 20 ans, 18 ans et 6 ans.
La fonction de maman m’est parue évidente
Je n’ai éprouvé aucune difficulté maternelle particulière. Dès la naissance […..]

