Manger de la viande, un danger pour la santé ?
Depuis les années 2010, de multiples études scientifiques ont été publiées concernant les effets néfastes de la viande sur la santé. Elle augmenterait les risques de maladies cardiovasculaires, de cancer, de diabète ou encore d’inflammation de l’intestin. On fait le point avec le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et auteur du livre » La viande un peu, beaucoup, pas du tout ».
La viande rouge au banc des accusés
Les connaissances les plus abouties concernent les liens entre viande et cancer. En effet, en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (OMS-CIRC) a classé la viande rouge et la viande transformée (saucisse, charcuterie, etc.) comme probablement cancérogènes et cancérigènes pour l’homme. La même année, une étude de l’Anderson Cancer Center (Houston, Etats-Unis) a lié la viande cuite au cancer du rein. La cuisson formerait deux substances : le PhIP et le MeIOx. Filtrés par les reins, ces produits y stagneraient, augmentant ainsi le risque de développer un cancer. La viande grillée serait la plus néfaste d’entre toute, en générant des amines hétérocycliques et des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des molécules également cancérogènes.
Pour le cancer colorectal, le mécanisme diffère. Des chercheurs de l’Inra ont mis en lumière le rôle du fer héminique dans la viande rouge et la charcuterie. Le fer héminique, composé d’un atome de fer et de protéines, donne cette couleur rouge à la viande. Cependant, lors de la digestion, il se transforme par oxydation en un composé toxique : l’aldéhyde. Celui-ci favorise les mutations au niveau de l’ADN et provoque la mort des cellules du côlon et du rectum. Avec une exception : les cellules précancéreuses résistent très bien à ces agressions. De cette façon, une consommation excessive de viandes rouges et de charcuteries abîme le tissu du côlon et du rectum, mais en plus, sélectionne les cellules précancéreuses. » Le fer héminique est l’hypothèse principale qui explique que la viande rouge soit davantage mise en cause dans les cancers », précise le Dr Jean-Michel Lecerf. » Mais des facteurs génétiques entrent aussi en jeu. »
Le Dr Lecerf rappelle que dans la plupart des études, un risque accru de cancer n’est observé que lorsque la consommation de viande rouge dépasse 100 grammes en quantité « comptée cuite », après cuisson. Il rassure cependant en comparant à la cigarette : » il y a seulement 17 % d’augmentation du risque de cancer avec la viande rouge, contre 1 000 % avec la cigarette ! »
Viande et microbiote intestinal, un équilibre fragile
Le second lien bien établi est l’augmentation du risque de maladie cardiovasculaire. Contrairement à l’idée largement répandue qui met en cause les graisses saturées, en particulier dans les viandes grasses, le problème résiderait dans la modification de certains acides aminés sous l’action du microbiote […..]

