LES ANTIDÉPRESSEURS DANS LA TOURMENTE
TOP SANTÉ – Les antidépresseurs sont-ils aujourd’hui trop prescrits ?
Alain Gérard, psychiatre : La vraie question à se poser est : prescrivons-nous les antidépresseurs aux patients qui en ont vraiment besoin ? La réponse est, sans aucun doute, négative. D’une part, il existe un véritable sous-diagnostic de la dépression car les déprimés demandent rarement de l’aide. D’autre part, on prescrit des antidépresseurs à des patients dont la souffrance est réelle mais qui pourraient être aidés autrement. C’est le cas, par exemple, des personnes anxieuses ou » tristes ». À l’heure actuelle, on critique le médicament alors que c’est son mauvais usage qui devrait l’être.
T.S : Cela signifie-t-il qu’on confond dépression et états de tristesse ?
A. G. Il existe, pour la douleur psychique comme pour la douleur physique, des degrés. Autour d’un noyau central représenté par la dépression avec un grand D, maladie aux conséquences dramatiques, existent une auréole de souffrances diverses. Une terminologie très imprécise désigne par défaut ces souffrances et symptômes liés à des adaptations plus ou moins difficiles. On peut ainsi, dans le langage de tous les jours, » avoir du chagrin », » avoir le cafard », être » infiniment triste », sans être malade.
Il arrive effectivement d’être las, fatigué, découragé, anxieux, de se poser trop de questions, de se faire plus de souci que d’habitude, sans être déprimé pour autant. Et aujourd’hui, ce sont surtout ces souffrances qui explosent : souffrance au travail, épuisement, stress…
T.S : Quelle est l’efficacité des antidépresseurs ?
A. G. Pour qu’un médicament obtienne l’indication » traitement de la dépression », il doit prouver son efficacité et sa supériorité par rapport à un placebo dans des groupes identifiés de patients.
Lorsque les patients ne sont pas véritablement déprimés, les études montrent qu’il n’y a pas de réelles différences entre les personnes traitées par placebo et celle traitées par antidépresseurs. La différence devient significative uniquement chez les patients souffrant de dépression caractérisée.
Lorsqu’on évoque des études dans lesquelles aucune efficacité n’est mise en évidence, c’est parce que les patients n’étaient pas déprimés !
Les antidépresseurs, je le répète, sont inefficaces chez des gens qui n’en ont pas besoin. En revanche, et je parle de ma pratique, les antidépresseurs sauvent des vies.
T.S : Quel profil de patients dépressifs peuvent bénéficier de ces médicaments ?
A. G. Le diagnostic différentiel, comme on dit, entre vraie dépression et autres souffrances est relativement facile. Il existe une liste de signes comme la perte d’énergie, la perte d’intérêt, le ralentissement, le trouble du sommeil etc. Si on constate, plus de trois semaines d’affilée, l’accumulation par exemple d’un amaigrissement, d’un trouble de la concentration, d’un ralentissement du corps et de la tête, on peut affirmer que l’on est face à une dépression.
T.S : Cela paraît simple, alors pourquoi tant de dépressions non repérées ?
A. G. En théorie, c’est vrai, il n’est pas très difficile pour le médecin de repérer un véritable déprimé. […..]

