Le troisième usage de l’information
On a coutume d’entendre qu’il y a toujours deux faces à la technologie : ce pourquoi elle a été créée et ce qu’on en fait. Emblématique, la maîtrise de l’énergie nucléaire est ainsi source de confort ou de menace, on parlera d’usages “civil” ou “militaire”. Mais il y a désormais un troisième aspect à prendre en compte, pour ce qui concerne les données informatiques. Et c’est peut-être l’enjeu le plus crucial des décennies à venir.
De Gandhi à la révolution numérique
Imaginons une correspondance au vingtième siècle entre, disons, Einstein et Gandhi. Les courriers échangés, se basant sur les technologies de l’écriture, du papier et des transports postaux, sont dans cet exemple ce qui permet la communication entre ces deux personnes ; leur première intention, consciente, est cet échange. Mais imaginons à présent qu’au vingt-et-unième siècle, un riche investisseur fasse l’acquisition de cette correspondance obsolète aux enchères. Et leurs oeuvres respectives ont pu en être influencées à divers degrés. Leur usage initial ayant été largement consommé, on aurait donc pu s’attendre à ce que ces supports de communication aient disparu. On s’aperçoit cependant qu’il n’en est rien, et que ces reliques constituent désormais une marchandise. Il se peut en effet que leur acquéreur ait dépensé une somme importante, pour s’assurer le privilège de les posséder. Et il est alors probable qu’il considère ces emplettes comme un placement qu’il lui sera à l’avenir possible de monnayer encore.
Les technologies de l’information aujourd’hui, indépendamment des intentions qu’on leur prête, fonctionnent exactement de la même manière. Que nous les utilisions pour échanger des informations plus ou moins sérieuses, nous devrions systématiquement nous poser la question de savoir ce qu’il advient des traces de leur usage. L’indice le plus probant de cette nécessité étant que tant de services, soi-disant gratuits, soient dispensés par des acteurs privés. Meilleur exemple ? Pas Google, non… mais plutôt Windows 10 ! Un système d’exploitation hégémonique (même l’informatique mobile, dominée par Android, s’accapare les usages un par un) dont la migration a été menée à marche forcée, malgré de sérieuses ruptures de compatibilité. On imagine sans peine que son développement et son déploiement (un milliard de terminaux sont équipés en ce début 2020, couvrant 50% des PC de bureau) ont dû occasionner un certain coût (je n’ai pas trouvé de chiffres). Pourtant, tout ce que l’on a demandé aux utilisateurs à été de se munir d’une connexion internet suffisante, ou de partager de bons supports de stockage peut-être, pour avoir le droit de prolonger leur ancienne licence aujourd’hui payante, mais qui dure depuis maintenant cinq ans.
Il y aurait donc une frontière floue entre différentes formes de services publics ? Ou alors la question du financement des services en ligne serait-elle secondaire, dans l’ère émergente du tout numérique ? Il semblerait plutôt que, là encore, la marchandisation soit en train de s’installer. C’est à cette aune, bien sûr, que l’on doit appréhender la motivation des différents acteurs du marché à se précipiter pour apporter des “solutions” à la crise sanitaire en cours (celle […..]
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