Le ghosting, la rupture silencieuse
Elle a été victime de « ghosting ». Comprenez : la rupture muette, sans préavis. Ce néologisme fait référence à un phénomène non marginal et qui prendrait de l’ampleur avec les réseaux sociaux et les échanges SMS. Cet anglicisme fait référence à ces hommes ou femmes qui se volatilisent du jour au lendemain comme des fantômes, sans crier gare. Une rupture muette qui tend à se banaliser. « Cela devient une attitude connue donc un message indirect », estime Fabienne Kraemer, psychanalyste et auteure de différents livres sur le couple dont « 21 clés pour l’amour slow » (PUF). La spécialiste nous aide à mieux cerner le phénomène et les « ghosteurs ».
Top Santé : Comment se manifeste le ghosting le plus souvent ?
Fabienne Kraemer : Le ghosting, c’est disparaître le lendemain ou rompre sans rien dire. Le cas le plus fréquent, c’est un homme qui ne donne pas de nouvelles après un rendez-vous, une nuit ou une période de relation. Mais cela n’est pas réservé aux hommes même si c’est beaucoup plus souvent une attitude masculine.
Je ne sais pas si c’est l’apanage des applications de rencontre à proprement parlé ou du mode de communication actuel au sens large, c’est-à-dire aux réseaux sociaux, aux échanges SMS. Aujourd’hui, lors d’une rupture, on est confronté au fait que l’on peut continuer à espionner ses ex sur les réseaux sociaux mais aussi disparaître ou ignorer l’autre. Si tu es ghosté tu sais ce que cela signifie, cela veut dire c’est fini. Cela existe aussi en amitié.
Quelles peuvent être les raisons sous-jacentes à celui qui « ghoste » ?
Fabienne Kraemer : La peur de dire, le manque de courage mais aussi et surtout une façon de ne pas respecter l’autre et de ne pas assumer son attitude. Quand on y réfléchit, c’est un aveu de culpabilité. Le summum de la lâcheté. On n’en discute plus en face à face, on ne prend plus son téléphone, on a peur de la relation à l’autre. Certaines de ces attitudes peuvent naître d’un excès d’individualisme et d’un manque de courage relationnel.
Ce phénomène se trouve-t-il vraiment amplifié avec les nouveaux modes de communication, réseaux sociaux?
Fabienne Kraemer : Absolument, car les réseaux sociaux génèrent à la fois beaucoup d’échanges mais aucun en face à face. Globalement, on a beaucoup plus d’amis qu’avant mais on les voit beaucoup moins qu’avant. La communication directe devient de plus en plus rare. Ensuite la virtualité autorise à ne pas se conduire respectueusement, on espionne sur Internet, on s’insulte sur Twitter, on se quitte d’un SMS, on drague sur Facebook…Bref on n’ose pas! C’est une manière de ne pas dire et de ne pas entendre ce que l’autre a à en dire. Les réseaux sociaux facilitent bien évidemment des modes de communications détournés : aujourd’hui, qui dit les choses en face ?
Les victimes de ghosting sont plus souvent des femmes. […..]
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