EDITO. La toute petite revanche de Manuel Valls
09h58
, le 23 septembre 2018
Bonjour Hervé Gattegno. Dans votre éditorial ce matin, vous voulez nous parler de Manuel Valls, qui annoncera mardi s’il se présente ou non à l’élection municipale de Barcelone. Pour vous, il sera candidat?
Je ne sais pas comment on dit « secret de polichinelle » en catalan, mais Manuel Valls lui doit le savoir. Il est évident qu’il n’a pas fait tout cela pour renoncer et d’ailleurs si c’était son intention, il aurait publié un communiqué de cinq lignes plutôt que d’organiser une conférence de presse. Le fait est qu’en réalité, tout le conduit à être candidat. Pas seulement parce que Barcelone, c’est sa ville, là où il est né (puisqu’il a été naturalisé français à l’âge de 20 ans) ; mais surtout parce que son avenir politique est bouché en France, et que Manuel Valls n’a qu’un métier, qu’une passion dans la vie, c’est la politique – à part peut-être le football, mais ça c’est aussi une bonne raison d’aller à Barcelone.
Lire aussi – Manuel Valls peut-il être à la fois député en France et maire à Barcelone?
Donc ok, il a toutes les raisons d’y aller, mais d’après vous, est-ce qu’il a une chance de gagner?
C’est un risque, ce sera une élection difficile – mais après tout, il a gagné d’à peine 140 voix à Evry l’année dernière, donc la difficulté ne lui fait pas peur. Il a même réussi à être Premier ministre de François Hollande pendant 2 ans et demi – quand on sait ce qu’il pensait vraiment de François Hollande, on se dit ça a dû être une épreuve. Et puis, Manuel Valls c’est un bagarreur et l’élection n’aura lieu qu’en mai 2019, ça lui laisse le temps de faire une vraie campagne. Il faut savoir que le système électoral espagnol fait qu’on peut gagner sans avoir la majorité, parce qu’il y a des alliances qui se nouent entre les deux tours. Ce qui est cocasse, c’est qu’il va se présenter à Barcelone comme un candidat centriste, peut-être d’ailleurs avec le soutien du parti de centre-droit, Ciudadanos. Ce qu’il espère, c’est de créer une dynamique comparable à celle qu’Emmanuel Macron a créé en France l’an dernier – c’est-à-dire cette vague qui l’a lui-même englouti. On a les consolations qu’on peut…
S’il perd, c’est la fin définitive de sa carrière politique?
C’est vraisemblable – quoiqu’en politique, rien n’est jamais vraiment définitif. Mais c’est vrai que la pente est très raide pour lui depuis sa défaite à la primaire du PS. Et en plus, Emmanuel Macron a prononcé son bannissement. Il n’y aura pas de place pour lui au pouvoir, pas même un strapontin, tant qu’Emmanuel Macron sera à l’Elysée. C’est cruel, quand on a été aussi près du but qu’il a pensé l’être. C’est comme dans la fable de La Fontaine « Perette et le pot au lait ». Il a tellement rêvé de l’Elysée […..]
