Edgar, chef de bloc s’interroge sur la gestion de crise du Covid
Pourquoi ne se focaliser QUE sur le Covid au détriment d’autres pathologies parfois plus graves et qui, inévitablement pâtissent de cette situation ? Comment justifier de mettre « au repos forcé » une partie du personnel soignant des cliniques privées alors que les hôpitaux publics réclament à cor et à cris plus d’effectifs comme de moyens ? Quelles seront les leçons à tirer de cette crise tout autant sanitaire qu’économique sans précédent ?
On a l’impression que les Français découvrent un personnel hospitalier. Ce passage de l’ombre à la lumière, cela vous inspire quoi ?
Si on attire tout à coup la lumière, autant de respect, c’est parce que la situation inédite que nous connaissons génère une vraie peur au sein de la population. Comme le gouvernement nous a placés en première ligne, tout le monde se cache derrière cette première ligne en espérant qu’elle tienne. Le personnel soignant, c’est un peu les poilus de 1914 ! On fonde en eux un espoir fabuleux. D’où ce discours sur l’héroïsme des soignants.
L’un des problèmes de cette crise, c’est le manque de masque, les tensions d’approvisionnement des médicaments…
C’est une problématique énorme. Les produits à usage unique deviennent, car rationnés, à usages multiples. C’est une vraie base de réflexion car on a bien vu ce que le confinement en Chine et l’arrêt de la production avait comme conséquence en Europe avec le problème du manque de masques. Cette crise a soulevé de nombreux problèmes et l’on se retrouve aujourd’hui dans une situation où le manque de produits nécessaires au bon fonctionnement d’un bloc opératoire par exemple se fait sentir. Il convient d’avoir une réflexion sur les approvisionnements. On possède en France une industrie de l’armement performante et compétitive, car autonome. Il serait intéressant de se caler sur ce processus pour la santé également. On doit avoir un regard sur ce que l’on fabrique ce qui permettra de prévoir les besoins futurs. Les laboratoires français en prothèses de hanches ou de genoux qui étaient de grande qualité sont peu à peu rachetés par des multinationales américaines. Nous sommes dans une logique de mondialisation sans comprendre que l’on perd des compétences qui sont, on le voit aujourd’hui, essentielles au bon fonctionnement de notre société.
On peut s’étonner que certains établissements ferment quand des hôpitaux sont obligés de transférer leurs malades vers d’autres départements via des trains ou des avions médicalisés ?!
On est parti d’une logique qui n’était pas mauvaise. On a vu poindre une crise grave donc on a décidé de préserver les ressources nécessaires afin d’affronter au mieux l’épidémie. Ma clinique a suspendu toute activité sur la demande de l’agence régionale de santé (ARS) le 16 mars. Nous nous sommes donc préparés, nous avons stocké, avons fait le point sur le personnel disponible et puis, on a attendu. Il a été décidé de mettre en sommeil l’établissement pour tout regrouper ailleurs.
Alors oui, on a […..]
Source:: Edgar, chef de bloc s’interroge sur la gestion de crise du Covid

