OM : Lorenzi a-t-il les épaules pour succéder à Benatia ?
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Il y a des paris qui font sourire. Et d’autres qui font tiquer. La nomination imminente de Grégory Lorenzi au poste de directeur sportif de l’Olympique de Marseille appartient, selon les sensibilités, à l’une ou l’autre catégorie.
Car succéder à Mehdi Benatia — personnage clivant, certes, mais indéniablement taillé pour les grands clubs — n’est pas une mince affaire. Surtout quand on débarque avec, pour seule carte de visite, dix ans passés dans un club du Finistère.
Soyons honnêtes : les dés sont jetés. L’accord entre Lorenzi et l’OM est bouclé, Benatia lui-même a publiquement béni la transition. Reste la question que tout le monde se pose sans forcément oser la formuler — Lorenzi est-il vraiment à la hauteur du défi marseillais ?
Un bilan brestois qui en impose
Le parcours est éloquent. Depuis 2016, Grégory Lorenzi a métamorphosé le Stade Brestois. Une remontée en Ligue 1 en 2019, huit saisons consécutives dans l’élite — un record absolu pour le club —, une qualification historique en Ligue des Champions, et surtout, une capacité rare à identifier les bons profils au bon moment. Son recrutement d’Éric Roy en janvier 2023 reste, à ce titre, l’exemple parfait : personne ne l’avait vu venir, un technicien hors des radars depuis plus d’une décennie, et pourtant le bon homme au bon endroit. Un instinct de joueur de poker, ou presque.
Ce que Lorenzi sait faire mieux que beaucoup, c’est construire avec peu. Acheter malin, vendre bien, créer un environnement qui fait progresser les joueurs plutôt que les consommer. Dans le football français, ce profil est devenu une denrée rare — et l’OM, qui a trop souvent accumulé des paris coûteux, en a peut-être besoin plus qu’il ne le croit.
Mais Marseille, c’est une autre planète
C’est là que le bât blesse. Ou plutôt… là que les certitudes s’effritent. Car gérer Brest, c’est évoluer dans un écosystème protégé : pression médiatique modérée, supporters exigeants mais patients, budget contraint qui oblige à la prudence. Marseille, c’est exactement l’inverse. La loupe permanente, les rumeurs qui s’embrasent en 48 heures, les attentes démesurées d’un public qui vit le mercato comme un sport de contact. Lorenzi n’a jamais été exposé à ça. Jamais.
Rarement un poste de directeur sportif en France aura représenté un tel saut dans le vide. Non pas parce que l’homme manquerait de compétences — son bilan plaide pour lui —, mais parce que le changement d’échelle est brutal. Arbitrer des dossiers à vingt ou trente millions d’euros, tenir une ligne sportive cohérente face aux turbulences internes, résister à la pression des uns et des autres : ce sont des muscles qu’on développe en les testant. Et ceux-là, Lorenzi ne les a encore jamais sollicités à ce niveau.
Le vrai pari de l’OM
Au fond, en choisissant Lorenzi, l’Olympique de Marseille ne recrute pas un directeur sportif confirmé des grandes scènes européennes. Il parie sur un bâtisseur discret, méthodique, qui a su transformer durablement un club sans les moyens de ses ambitions. C’est un choix de fond. Un choix de projet, davantage que de prestige.
Le vestiaire va en parler, les supporters aussi. Certains crieront au manque d’ambition. D’autres y verront la sagesse d’un club qui apprend enfin à construire plutôt qu’à flamber.
L’histoire dira qui avait raison. Pour l’instant, c’est acté — et Lorenzi a rendez-vous avec la plus belle et la plus impitoyable des scènes du football français.
Mehdi Benatia a quitté ses fonctions le 18 mai 2026 · Grégory Lorenzi (42 ans) · ex-directeur sportif du Stade Brestois 2016-2026
